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Harbarb CoHese Itbrarp
FROM
Mrs. L. T. Ams
Cfiunbrldge
LES TRAITS ETERNELS
DE LA FRANCE
Published on the Fond
«jven to the Yale Univeraity Press
in memary of
D. CADY EATON
of the Class of 1860, Yale GoUege
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M0L^im4^»é^é^ am ^ tfSfé^^ ^
^Uk^ eâMu^
Par MAURICE BARRES
DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
LES TRAITS ÉTERNELS
DE LA FRANGE
DISCOURS PRONONCÉ À LONDRES
DANS LA SALLE DE LA SOCIÉTÉ
ROYALE SOUS LES AUSPICES DE
L'ACADÉMIE BRITANNIQUE LE
12 JUILLET, 1916
WITH NOTES BY
FERNAND BALDENSPERGER
NEWHAVEN
YALE UNIVERSITY PRESS
LONDON: HUMPHHEY MILFORD
OXFORD UNIVERSITY PRESS
MDCCCCXVIII
\\ 9.ii 0. \i4.77
«^
HARVARD
UNJVtRSlTY
UBRARY
COPYRIGHT, 19 18, BY
YALB UNIVERSmr PRB8S
LES TRAITS ÉTERNELS DE
LA FRANCE
Mesdames, Messieurs,
Dans sa Litanie des Nations ^ votre Swin-
bume prête à la France, parlant à la
Liberté, ces paroles:
Je suis celle qui fut ton enseigne et ton
porte-drapeau,
Ta voix et ton cri;
Celle qui te lava de son sang et te laissa
plus belle,
Je suis celle-là, la même.
Ne sont-ce pas là les mains qui t*ont relevée
gisante et t'ont nourrie,
Ces mains meurtries P
Ne suis-je pas la langue qui a parlé pour
toi, Fœil qui t'a conduite ?
Ne suis-je pas ton enfant P
Cet éloge qui nous a été au cœur, il
s'est trouvé depuis 1870 tant d'honunes
et tant de pays pour croire que nous en
2 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
avions démérité I On doutait de nous, on
disait: « Ils ne sont plus les mêmes . • •
La France est une nation du passé, une
vieille nation ...»
Comme on insistait sur ce mot: une
vieille nation! C'est vrai, la France exis-
tait quand il n'y avait pas encore un
sentiment allemand, un sentiment italien,
anglais; c'est vrai, nous sommes la nation
qui, la première de toute l'Europe, a eu
l'idée qu'elle formait une patrie; mais on
ne s'explique pas que ces grands titres
aient pu nous discréditer auprès des na-
tions plus récentes.
Parmi ceux qui parlaient ainsi, beau-
coup nous regardaient sans haine, par-
fois même avec sympathie. La France,
pensaient-ils, a accumulé, im immense tré-
sor de vertus, de hauts faits, de services
rendus, de gloires incomparables; mais,
aujourd'hui, elle est au milieu de tout
cela comme un vieillard au soir de la plus
belle vie, ou mieux encore conmtie cer-
tains aristocrates frivoles qui, d'une illus-
tre ascendance, n'ont gardé que leurs
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 3
titres de noblesse, de charmantes ma-
nières, de superbes portraits, des tapisse-
ries royales, des reliures écussonnêes, un
luxe grandiose et suranné.
C'est ainsi, nous le savons bien; on
nous croyait frivoles, usés, trop riches,
trop heureux, et faisant du plaisir le seul
mobile de notre activité; les Français
livraient à l'instinct et à la passion la
conduite de leur vie; leur fin suprême
était le bonheur, et l'on venait à Paris
pour participer à ce bonheur . . .
Injustes étrangers, quand le plaisir facile
et cosmopolite de Paris vous enivrait,
comment auriez-vous connu ce qui repo-
sait au foyer français, qui a pour vertu de
se tenir isolé de la rue passante, et ce qui
fermentait dans des cœurs qui attendent
toujours un cri de croisade et comme
l'appel d'un monde surnaturel pour pro-
duire et pour connsdtre eux-mêmes leur
héroïsme P
I
Mois d'août 1914 1 L'appel aux armes
retentit. Les cloches, dans tous les vil-
lages, s'ébranlent sur la vieille église dont
le fondement repose au milieu des morts.
Elles sont redevenues soudain les voix de
la terre de France. Elles convoquent les
hommes, elles plaignent les femmes; leur
clameur est si forte qu'il semble qu'elle
pourrait briser la pierre des tombeaux, et
tout de suite elle fait sortir du cœur
français tout ce qu'il renferme.
Les enfants, les femmes, les vieillards
se dressent autour du soldat, l'accom-
pagnent jusqu'au train . . . C'est le départ,
non pas tel que Rude l'a sculpté dans le
coup de vent de l'Arc de Triomphe, mais
un départ plus tragique encore, les dents
serrées : « Puisqu'ils le veulent, il faut en
finir I »
C'est le départ. Nous ne pouvons pas
être à la fois dans toutes les gares de Paris
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 5
et de toutes nos villes, sur tous les quais
d'embarquement, ni sur tous ces bateaux
qui ramènent de Tétranger les Français;
voulez-vous que nous allions au cœur
même de la France militaire, dans cette
École de Saint-Cyr, où se forment les
jeunes officiers ?
Chaque année, à Saint-Cyr, a lieu en
grande pompe la fête du Triomphe. On
nomme ainsi une cérémonie traditionnelle
où les jeunes gens qui viennent de passer
deux ans à l'École, baptisent la promotion
qui les suit et donnent un nom à leurs
cadets.
En juillet I9i4> cette cérémonie coïn-
cida avec les événements qui, en se pré-
cipitant, déterminèrent la guerre, et par
là elle devait prendre un caractère plus
grave. Le 3 1 du mois, le général com-
mandant l'École fit savoir aux Montmirail
(c'était le nom des aînés) qu'ils eussent à
baptiser leurs cadets, le soir même, milî-
tairement et sans les réjouissances tradi-
tionnelles.
Tous comprirent qu'ils allaient avoir
6 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
peut*etre dans la nuit à gagner leurs régi-
ments respectifs.
Écoutez un jeune poète de la promotion
de Monlmirailj Jean Allard-Méeus, ra-
conter à sa mère cette soirée déjà devenue
légendaire chez nous: «Après le dîner,
prise d'armes devant le capitaine et le
lieutenant de garde, seuls officiers auto-
risés à assister à cette cérémonie intime.
Belle soirée; dans l'air, des parfums
oppressés; l'ordre le plus parfait et le
silence le plus grand. Les officiers de
Montmirail avec le sahre, les c hommes »
avec le fusil. Les deux promotions se
miassent sur le grand terrain, sous le com-
mandement du major de la promotion.
Discours patriotiques fort bien; puis, au
miUeu de l'émotion grandissante, j'ai dit
« DEMAIN ».
Soldats de notre illustre race.
Dormez, vos souvenirs sont beaux I
Le temps n'efface pas la trace
Des noms fameux sur les tombeaux.
Dormez; par delà la frontière,
Vous dormirez bientôt chez nous!
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 7
1 Jamais, ma petite maman, je ne dirai
plus ces vers, car jamais plus je ne serai
à la veille d'un jour de départ pour là-bas,
au milieu de mille jeunes gens tremblant
de fièvre, d'orgueil et de haine. J'ai sans
doute trouvé dans mon émoi personnel
l'accent qu'il fallait avoir, car j'ai fini
mes vers au milieu d'un frisson général.
Ahl pourquoi le clairon ne les a-t-il pas
soulignés de Y Alerte? Nous en aurions
tous porté les échos sur le Rhin ...»
C'est dans cette atmosphère d'enthou-
siasme que les jeunes officiers reçurent le
titre de promotion de la Croix du drapeau,
et c'est à ce moment que l'un des Mont-
mirailj Gaston Voizard, s'écria:
— Jurons que pour aller au feu nous
serons en grande tenue, gants blancs et
casoar au chapeau.
— Nous le jurons 1 répondirent les cinq
cents Montmirail.
— Nous le jurons ! crièrent à leur tour
les cinq cents Croix du drapeau.
Terrible scène, trop française, toute
pleine de l'innocence et de la bonne vo-
8 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
lonté admirable de ces jeunes gens, et
toute pleine aussi de conséquences désas-
treuses.
Ils ont tenu leur vœu téméraire. Il
n'est pas permis que je vous dise la pro-
portion des morts. Les enfants char-
mants que je viens de vous citer ne sont
plus. De quelle manière sont-ils tombés ?
Tous n'eurent pas leurs témoins, mais
tous tombèrent à la façon du lieutenant
de Fayolle.
Le 22 août, Alain de Fayolle, de la
promotion Croix du drapeau^ est à Char-
leroi à la tête d'une section. Ses hommes
hésitent. Le jeune sous-lieutenant a mis
ses gants blancs. Mais il s'aperçoit qu'il
a oubhé son casoar. Il tire de sa sacoche
le plumet blanc et rouge et il le pique à
son shako.
— Vous allez vous faire tuer, mon lieu-
tenant ! dit un caporal.
— En avant I crie le jeime homme.
Ses hommes le suivent, électrisés; quel-
ques instants plus tard, une balle le frappe
en plein front, juste au-dessous du plumet.
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE Q
Le même jour, le 22 août iQili, Jean
Allard-Méeus, le poète des Montmirail,
tombe frappé de deux balles.
Gaston Voizard, celui qui eut l'idée du
serment, leur survécut de quelques mois
seulement. Il semble s'en excuser dans
la lettre charmante et déchirante que
voici:
25 décembre 1914.
c n est minuit, mademoiselle et amie, et,
pour vous écrire, j'enlève à l'instant mes
gants blancs (oh ! n'admirez pas, le geste
n'a rien d'héroïque; mes derniers gants
de couleur sont aux mains d'un pauvre
pioupiou qui a froid). Je cherche en vain
les mots qu'il faudrait pour vous dire la
joie et l'émotion que m'a causées votre
lettre arrivée le soir d'un bombardement
terrible du pauvre village que nous occu-
pons. Cette lettre fut reçue là conmae un
baume contre tous les énervements et les
malédictions possibles. Cette lettre lue,
le soir,— j'en demande pardon à votre
modestie I — aux officiers de mon batail-
10 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
Ion, réconforta les plus abattus, après cette
rude journée, et prouva à tous que le
cœur des jeunes filles de France est tout
simplement admirable de générosité.
» Donc, il est minuit. L'honneur et le
bonheur que j'ai de commander ma com-
pagnie depuis huit jours (mon capitaine
ayant été blessé) me valent le plaisir de
vous écrire à cette heure, de la tranchée
où, par des prodiges d'astuce, j'ai réussi
à allumer une bougie, sans que soit éveillée
l'attention de ces messieurs d'en face. Ils
sont d'ailleurs à une centaine de mètres.
» Mes hommes, en sourdine, entonnent
le traditionnel: // est né, le divin enfant.
Le ciel luit d'étoiles. On voudrait rire de
tout cela ... et on est tout près d'en
pleurer I Je pense aux Noëls d'antan,
passés en famille; je pense à l'effort
gigantesque à fournir encore, au peu de
chance que j'ai d'en sortir vivant: je
pense, enfin, que je vis peut-être en cette
minute mon dernier Noël ...
» Du regret, direz-vous ? . . . Non, pas
même de la tristesse I Seulement un peu
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE II
de mélancolie de n'être pas au milieu de
tous ceux que j'aime I
» Toute la tristesse de mes pensées est
pour les meilleurs amis tombés au champ
d'honneur, et qu'une amitié fidèle avait
presque faits mes frères: Allard, Fayolle,
autant d'amis chers que je i^e reverrai
plus I Quand le soir du 3i juillet, en ma
qualité de Père Système de la promotion»
j'eus prononcé, au milieu d'un silence
religieux, le fameux serment de nous dis-
tinguer en ne mourant que gantés de
blanc, ce bon FayoUe, qui était bien l'ami
le plus enthousiaste que j'aie jamais
connu, me disait en souriant: t Quel
effet nous allons produire devant les
Boches! Ils seront tellement stupéfaits
qu'ils ne tireront pas ! » Hélas I pauvre
Fayolle! Il a payé cher à sa patrie la
dette de son titre de saint-cyrienl Et
tous, ils tombent autour de moi, semblant
se demander quand viendra le tour de
leur Père Système pour que MonbniraiU
entrant chez Dieu, soit béni au complet • . .
» Mais, trêve aux lamentations inutiles,
12 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
n'est-ce pas? Ne pensons qu'à notre
France nécessaire, impérissable, étemelle I
Et, par cette belle nuit de Noël, croyons
plus que jamais à la victoire . . .
» Il faut, mademoiselle et amie, me
pardonner cet affreux gribouillage. Vou-
lez-vous aussi me laisser espérer une
réponse prochaine et permettre au jeune
officier français de baiser très respectueu-
sement la main de la jeune fille de France
à Fâme grande et au cœur généreux P »
Le 8 avril igiB, il tombait à son tour.
Ahl que le panache, à toutes les épo-
ques, a coûté dier à la France 1 On doit
s'incliner devant l'austère sévérité des
grands chefs qui désapprouvèrent la gé-
nérosité de ces enfants trop prodigues du
trésor de leur Ade. La guerre réserve à
des conducteurs d'hommes assez d'occa-
sions utiles de se dévouer pour qu'ils ne
se complaisent pas à provoquer d'avance
le destin. Mais comprenons bien que ces
conducteurs d'hommes sont des enfants.
La circonstance soudain les oblige. Il
leur faut conquérir leur autorité. Par la
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE l3
science? Par l'expérience? Ils n'ont à
leur service que de s'imposer par la bra-
voure, en osant quelque chose d'excep-
tionnel.
C'est bien la pensée qu'exprime forte-
ment l'un d'eux, Georges Boscredon, Saint-
Cyrien de vingt ans, quand il écrit à sa
sœur:
c N'en dis rien à papa et à maman.
Mais, partant officier, j'ai bien peu de
chances d'en revenir. Je le sais, et j'ai
dès maintenant fait de grand cœur le
sacrifice de ma vie . . . Nous allons arriver
jeunes, sans grande valeur, pour com-
mander des hommes entraînés et de vieux
soldats déjà. Pour les faire marcher, il
faudra payer de notre personne, et nous
paierons.»
Généreux jeime honune, qui ne dit rien
des fautes commises avant qu'il fût en
âge, et qui, nouveau venu, trouve tout
naturel de payer de sa vie la victoire I
Et dans toutes nos grandes écoles, dans
tous nos collèges, les jeunes gens sont les
frères de ces jeunes chefs militaires. Pour
l4 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
eux, une seule chose compte: le besoin
que la France ne soit plus une vaincue.
Ils sont les jeimes, les purs, les régénéra-
teurs, les hosties de la patrie. Ils accep-
teront tout pour être dignes de leurs aïeux,
pour remplir leur destin et racheter la
France.
Les professeurs dans les collèges ne s'y
trompaient pas. Depuis quelques années,
ils voyaient apparaître « une génération
au clair regard, à la démarche assurée,
au cœur sans crainte. » La destinée pré-
parait à la France des sauveurs. • D'où
sort la France du 2 août? s'écrie un
mcdtre du lycée Janson-de-Sailly. De
quarante années courbées sous la menace
de l'Allemagne. C'est une douleur, une
longue humiUation qui explosent enfin en
espérances. »
Voilà nos jeunes gens. Mais la guerre a
réuni à l'armée toute la nation mâle de
dix-huit à quarante-huit ans.
Évidemment, un quadragénaire ne part
pas avec cette ivresse de bonheur que nous
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE l5
venons de voir chez nos saint-cyriens. Il
n'éprouve plus t ce coupable amour du
danger » que Tolstoï, causant avec Dé-
roulède, sur le tard de sa vie, s'accusait
d'avoir, lui aussi, connu dans sa jeu-
nesse. C'est le refroidissement du sang,
c'est aussi l'ouverture d'un nouvel hori-
zon. En fondant un foyer, le jeune
homme d'hier a assumé des devoirs de
protection envers sa famille. Comment
aurait-il la magnifique impétuosité du
Saint-Cyrien qui dit: t Jeune officier pen-
dant la guerre, c'est vraiment la carrière
où l'on recueille de suite les fruits de son
honneur, de son énergie, de son dévoue-
ment.»^ Le père de famille a derrière lui
déjà les fruits de sa vie; il les abandonne,
et, à défaut de cette beauté d'allégresse,
ce qu'il nous fait voir, c'est la beauté
d'un sacrifice perpétuellement médité. Il
existe chez le jeune homme, le sentiment
de son sacrifice, mais il écarte en hâte
cette inquiétude, né se l'avoue pas, et
* Jean Allard-Méeus: Lettre à sa mère.
l6 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
même, seul à seul, la repousse avec colère.
Au contraire, le soldat plus âgé l'accueille
et s'en fait un mérite, soit auprès de Dieu,
soit auprès de la Patrie.
Gemens spero, avait pris pour devise,
dans les boues de sa tranchée d'Artois, le
soldat François Laurentie, père de six
enfants. Il gémissait, réconforté par l'es-
pérance que ses enfants n'auraient pas à
gémir. Toutes les lettres testamentaires
qui sortent des tranchées apportent la
même note. Le territorial se bat pour
que ses enfants n'aient pas à se battre.
Il fait la guerre pour détruire la guerre.
n se bat aussi pour sa terre. Quelle fut
l'émotion des hommes du 20^ corps quand
ils répandirent leur sang devant Nancy,
devant Verdun; des hommes de Péguy,
ces faubouriens de Belleville et de Bercy,
quand ils virent au bout de leur retraite,
en septembre 1914, l'immense Paris dans
sa brume qu'ils allaient défendre I L'un
d'eux, Victor Boudon, un blessé de la
bataille de TOurcq, écrit à cette date:
« On aperçoit dans le lointain les lueurs
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE I7
blanches des projecteurs des forts pari-
siens, et, par instant, à travers les feuilla-
ges, les lumières de la capitale. Nos cœurs
battent violemment de joie et de crainte. »
Un soldat, qui a bien su observer ces
débuts de la campagne, résume ainsi son
témoignage : « Atmosphère générale d'of-
frande ».
De ces vieux, de ces jeunes, qu'est-ce
que la guerre fait ? Une fraternité. Binet-
Valmer, engagé volontaire pour la durée de
la guerre, m'envoie, du front où il se bat,
un mot bien beau, le cri de tous : « Nos
hommes sont admirables, et nous nous
aimons tous. »
Les hommes sont admirables, c'est-à-
dire prêts au sacrifice. Soldats qui s'of-
frent comme volontaires, soldats qui s'en
vont de leur initiative propre relever entre
les tranchées des camarades blessés, en-
sevelir des morts: à quoi bon dénombrer
de tels épisodes, en donner aucune preuve ?
On sait que les fils de France sont braves.
Et, par exemple, on sait dans tout l'uni-
l8 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
vers la bataille qui dure depuis cinq mois
et que nous avons le droit d'appeler la
victoire de Verdim.
Mais quoi P dans les autres armées aussi
on est brave . . .
Ce qui est particulier et ce qui a frappé
votre grand Rudyard Eapling comme ime
splendeur qu'on ne voit nulle part ailleurs
à ce degré, c'est l'attachement des soldats
français pour leurs chefs, et des chefs pour
les soldats et de tous entre eux.
Parmi eux, nul mensonge possible. C'est
une vie de vérité et de la part de tous.
Au début, il existait une nuance de
sansculottisme, une sorte de goguenardise,
où survivait à l'encontre des chefs chez
le soldat citoyen un sentiment excessif
de l'indépendance. Mais depuis, sous les
épreuves communes, ce sentiment dange-
reux s'est mûri et ennobli. Ces hommes
continuent à se regarder les uns les autres
avec une critique aussi sévère, mais en
prenant pour mesure les services rendus
au bien commun. Ils ne s'attachent plus
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE IQ
qu'aux vraies supériorités, celle de l'esprit,
celle du cœur.
En pleine tuerie, ces Français se rap-
pellent constamment qu'ils sont des âmes.
Les meilleurs élèvent leurs mains san-
glantes vers le ciel, chacun vers son Dieu.
Chactm d'eux est préoccupé de prouver la
valeur de sa pensée par sa bravoure et
par son sacrifice. Chacun agit comme s'il
savait (et il le sait) que ses coreligionnaires
de la France entière lui ont mis entre les
mains leur honneur et les chances de leur
idéal. Nos instituteurs rivalisent avec nos
prêtres, également admirés les uns et les
autres par l'élite de la nation et par leurs
frères d'armes. Le Père de Gironde écrit
sur son mémorial intime: « Me conduire
de telle manière que nous ne puissions
plus être exilés. » Et le journal d'Hervé
publie chaque jour des lettres, toute une
mystique, où les socialistes s'écrient:
€ Que nous reprochera-t-on désormais ?
Est-elle assez justifiée notre foi inter-
nationaliste qui nous donne la volonté
de sauver la France I »
ao LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
Us ont tous une haute moralité com-
mune: le besoin et l'orgueil de ne verser
leur sang que pour une cause juste.
Pour nous hausser jusqu'au sommet où
vivent les soldats de cette guerre, quel
plus beau symbole de Tentr'aide spiri-
tuelle qu'ils se donnent que le dévouement
du lieutenant-colonel Driant? Driant se
porte, au péril de sa vie, auprès d'un de
ses Ueutenants blessés, et, sous le feu de
l'ennemi, il reçoit sa confession et lui
donne l'absolution.
Cette terre des tranchées est saîate;
elle est tout imprégnée de sang, elle est
tout imprégnée d'âme . . .
Cette fraternité, cette vie spirituelle
prolongée durant deux ans de guerre,
arrivent à donner à certaines unités mili-
taires une âme collective. Certaines de
ces âmes paraissent si belles, dégagent
un rayonnement si fort pareil à celui des
saints que d'autres groupes reçoivent un
accroissement rien qu'à les admirer.
« C'était en Artois, au printemps de
igi5, me dit un jeune soldat, Roland
VBS TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 21
Engerand. Mon régiinent arrivait d'un
secteur tranquille de l'Aisne, où nous
avions fait peu de pertes. La veille, nous
venions encore de recevoir un renfort de
la classe i5. On nous avait tout habillés
de neuf. Nos uniformes d'aziu* n'avaient
pas eu le temps d'être ternis par la boue,
la poussière et la pluie; nous débordions
d'enthousiasme; nos colonnes, aux cadres
complets, avec un of&cer ou aspirant à la
tête de chaque section, allongeaient fière-
ment leurs trois mille deux cents hommes
sur la route. On nous avait dit que nous
nous dirigions vers un coin sacré, où tous
les yeux étaient tournés. La trouée tant
rêvée avait été, quelques heures, virtuelle-
ment faite, grâce à l'héroïsme inouï des
divisions « de fer » et « d'airain ». Nous
allions relever ces troupes et, en montant
aux tranchées par le plus beau crépuscule,
nous nous demandions avec un peu d'in-
quiétude si nous serions à la hauteur de
pareils héroïsmes, car ime telle succession
est lourde. Et soudain, voilà que sur la
route, dans le soleil couchant qui dorait
22 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
toutes choses, un fort groupe nous appa-
rut. Des soldats venaient lentement, sans
hâte, sans bruit. Des hommes en haillons,
portant encore de vieux uniformes bleu
foncé, tout déchirés et salis de boue et de
sang; des fusils rouilles et encrassés; des
souliers sans nom; des képis rouges, mal
recouverts de lambeaux de manchons
bleus; et, au milieu de tout cela, des fi-
gures superbes, sales, hirsutes, aux pau-
vres traits tirés et durcis, avec des yeux
dont le regard entrait en nous jusqu'à
Fâme, car il reflétait tous les spectacles
sublimes recueillis depuis quinze jours.
Ces regards de fièvre et de victoire, quel
rayonnement ! Ils passaient près de nous,
ces hommes, en nous regardant avec curio-
sité, étonnés de notre luxe et de notre
nombre, et, tout en défilant, ils nous di-
saient seulement : « Ne vous en faites pas.
Bon courage on les a eus ! » Tous répé-
taient: « On les a eus ! » Des voix jeunes,
des voix de Parisiens, des voix à l'accent
plus rude, des voix de l'Est, et cette voix
enfin qui, avec un accent d'Alsace, nous
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE â3
jeta du dernier rang: c Les Bauches, on
les a eus ! » Ils n'avaient retenu que cela
de toutes leurs souffrances. Leur capi-
taine les regardait silencieusement avec
une prodigieuse expression d'amour.
»Et pendant que nous montions, tous
remués, prendre leur place, ils disparu-
rent, de leur pas lassé et triomphal . • .
» J'ai compris ce jour-là ce que c'était
que la beauté de la gloire. »
Que ce dernier mot d'un enfant est
grandiose ! Ainsi s'allument à l'héroïsme
les cœurs bien nés. Ainsi l'esprit de la
frontière, inséré dfiuis les origines du 20*
corps et perpétué par lui, court à travers
les âmes qu'il embrase.
Et quelquefois, cette âme collective
parle.
Aujourd'hui, dans le monde entier, cha-
cun connaît cet épisode que d'innombra-
bles articles, des gravures, des poésies ont
popularisé. Vous vous rappelez ? les Alle-
mands ont envahi une tranchée et brisé
toute résistance; nos soldats gisent à
terre, mais soudain de cet amas de blessés
34 USS TRAITS ETERPŒLS DE LA FRANCE
et de cadavres, quelqu'un se soulève et
saisissant à portée de sa main un sac de
grenades, s'écrie: « Debout les morts 1 »
Un élan balaye l'envahisseur. Le mot
sublime avait fait une résurrection.
J'ai désiré connaître le héros de ce fait
immortel, le Heutenant Péricard. Voici
ce qu'il me raconta:
« C'était au Bois-Brûlé, au commence-
ment d'avril 191 5. Nous nous battions
depuis trois jours; nous n'étions plus dans
la tranchée qu'une poignée d'hommes
harassés, complètement isolés avec une
pluie de grenades sur nos têtes. Si les
Boches avaient connu notre petit nom-
bre! Leur artillerie faisait rage. Un
lieutenant (son nom m'échappe), qui était
venu me soutenir et qui fumait sa ciga-
rette en riant aux projectiles, reçoit une
balle au-dessus de la tempe. Il s'appuie
au parapet, les deux mains derrière le
dos, la tête légèrement inclinée. Par
la blessure, le sang gicle avec force, en
décrivant une parabole, comme le vin
d'un tonneau par le trou de la vrille. La
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 35
tête penche de plus en plus, puis le corps
s'incline» puis, brusquement, la chute.
I La douleur de ses hommes, qui se jet-
tent en pleurant sur son corps ! . . . Impos-
sible de faire un pas sans marcher sur un
cadavre. Je me rends compte, soudain,
de la précarité de mon sort. Mon exalta-
tion m'abandonne. J'ai peur. Je me
jette derrière un amas de sacs. Le soldat
Bonnot reste seul. Il n'en a cure et il
continue de se battre comme un lion, seul
contre combien P
» Je me ressaisis, son exemple m'a fait
honte. Quelques camarades nous rejoi-
gnent. Le jour s'achève. Nous ne pouvons
pas demeurer ainsi. A droite, il n'y a
toujours personne. J'aperçois la tranchée
sur une longueur d'une trentaine de mè-
tres, interrompue par un énorme pare-
éclats. Si j'allais voir ce qui se passe par
là? J'hésite. Puis, un coup de volonté
et je me décide.
» La tranchée est pleine de cadavres
firançais. Du sang partout. Tout
d'abord, je marche avec circonspection,
a6 LES TRAITS ÉTERPŒLS DE Uk FRANCE
peu rassuré. Moi seul avec tous ces
morts I . . . Puis, peu à peu, je m'enhardis.
J'ose regarder ces corps, et il me semble
qu'ils me regardent. De notre tranchée
à nous, en arrière, des hommes me con-
templent avec des yeux d'épouvante, dans
lesquels je lis: c II va se faire tuer ! »
C'est vrai qu'abrités dans leurs boyaux
de repli, les Boches redoublent d'efforts.
Leiurs grenades dégringolent et l'avalan-
che se rapproche avec rapidité. Je me
retourne vers les cadavres étendus. Je
pense : t Alors, leur sacrifice va être inu-
tile? Ce sera en vain qu'ils seront tom-
bés ? Et les Boches vont revenir ? Et ils
nous voleront nos morts I ... » La colère
me saisit. De mes gestes, de mes paroles
exactes, je n'ai plus souvenance. Je sais
seulement que j'ai crié à peu près ceci:
f Holà, debout 1 Qu'est-ce que vous f • . .
par terre? Levez-vous et allons f . . . ces
cochons-là dehors I »
» Debout les morts ! . . . Coup de folie ?
Non. Car les morts me répondirent. Ils
me dirent: « Nous te suivons. » Et se
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE ^7
levant à mon appel, leurs âmes se mê-
lèrent à mon âme et en firent une masse
de feu, un large fleuve de métal en fusion.
Rien ne pouvait plus m'étonner, m'arrê-
ter. J'avais la foi qui soulève les monta-
gnes. Ma voix, éraillée et usée à crier des
ordres pendant ces deux jours et cette
nuit, m'était revenue, claire et forte.
» Ce qui s'est passé alors ? Comme je
ne veux vous raconter que ce dont je me
souviens, en laissant à l'écart ce que l'on
m'a rapporté par la suite, je dois sincère-
ment avouer que je ne le sais pas. Il y
a un trou dans mes souvenirs; l'action a
mangé la mémoire. J'ai simplement l'idée
vague d'une offensive désordonnée, dans
laquelle, toujours au premier' rang, Bon-
not se détache. Un des hommes de ma
section, blessé au bras, continuait de
lancer sur l'ennemi des grenades tachées
de son sang. Pour moi, j'ai l'impression
d'avoir eu un corps grandi et grossi dé-
mesurément, un corps de géant, avec une
vigueur surabondante, illimitée, une ai-
sance extraordinaire de pensée qui me per-
28 LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE
mettait d'avoir l'œil de dix côtés à la
fois, de crier un ordre à l'un, tout en don-
nant à un autre \m ordre par geste, de
tirer un coup de fusil et de me garer en
même temps d'une grenade menaçante.
» Prodigieuse intensité de vie, avec des
circonstances extraordinaires. Par deux
fois les grenades nous manquent, et par
deux fois nous en découvrons à nos pieds
des sacs pleins, mêlés aux sacs de terre.
Toute la journée, nous étions passés des-
sus sans les voir. Mais c'étaient bien les
morts qui les avaient mis là I . . .
» Enfin les Boches se calmèrent; nous
pûmes consolider notre barrage de sacs
en avant dans le boyau. Nous nous
trouvâmes de nouveau les maîtres dans
ce coin.
» Toute la soirée et pendant plusieurs
des jours qui suivirent, je gardai l'émo-
tion religieuse qui m'avait saisi au moment
de l'évocation des morts. J'éprouvais
quelque chose de comparable à ce qu'on
ressent après une conmiunion fervente.
Je comprenais que je venais de vivre des
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 3Q
heures que je ne retrouverais plus jamais,
durant lesquelles ma tête, ayant brisé
d'un rude e£fbrt le plafond bas, s'était
dressée en plein mystère, parmi le monde
invisible des héros et des dieux.
» A cette minute, certainement, j'ai été
soulevé au-dessus de moi-même. Il faut
bien que cela soit, puisque j'ai reçu les
félicitations de mes hommes. Pour qui a
pratiqué les poilus, il n'est pas de Légion
d'honneur qui vaille ces félicitations-là.
» Si je vous parais chercher, en vous
faisant ce récit, une satisfaction de vanité,
c'est que j'exprime bien mal mon senti-
ment, ma volonté. Je sais que je n'ai
rien d'un héros. Chaque fois qu'U m'a
fallu sauter le parapet, j'ai grelotté de
peur, et la détresse qui m'a saisi en pleine
action et que je vous disais il y a un in-
stant n'est pas un accident dans ma vie
de soldat. Je ne mérite aucun compli-
ment d'aucune sorte. Ce sont les vivants
qui m'ont entramé par leur exemple, et
les morts qui m'ont conduit par la main.
Le cri ne sortit pas de la bouche d'un
3o LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE
homme, mais du cœm* de tous ceux qui
gisaient là, vivants et morts. Un homme
seul ne pourrait trouver cet accent. Il y
faut la collaboration de plusieurs âmes,
soulevées par les circonstances, et dont
quelques-unes déjà planaient dans l'éter-
nité.
» Pourquoi ai-je été choisi plutôt que
tel officier, plutôt que tel soldat, parmi
ceux qui furent mêlés à l'affaire et dont
l'héroïsme n'a pas, comme mon courage à
moi, connu de défaillance? Pourquoi
plutôt que le colonel de Belnay qui par-
courait les Ugnes sous la pluie de grenades,
ou le lieutenant Erlaud, ou le sous-lieu-
tenant Pellerin, ou l'aspirant Vignaud, ou
le sergent Prot, ou le caporal Chuy, ou
le caporal Thévin, ou le soldat Bonnot ?
{Il m'en citait indéfiniment.) Pourquoi?
on peut recevoir le souffle d'en haut et
n'être qu'un pauvre homme.
» Si jamais vous racontez cette histoire,
je vous demande instamment de nommer
tous ces chefs et ces soldats, car ce serait
un mensonge que j'aie l'air de monopo-
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 3l
lîser la gloire de cette belle journée de
notre régiment. Le cri n'est pas à moi
seul, il est à nous tous. Plus vous fondrez
mon rôle dans la masse, plus vous vous
rapprocherez de la réalité. J'ai la convic-
tion de n'avoir été qu'un instnunent entre
les mains d'une puissance supérieure. »
II
Voilà les faits. En voilà du moins un
échantillon, un échantillon du vin qui
depuis deux ans fermente sur nos collines,
du froment de nos sillons et du sang de
nos batailles.
Mais tout cela, est-ce donc rien d'in-
connu et d'inattendu? C'est du fruit
français, pareil à ce que la vieille nation
produisit tant de fois le long des siècles;
c'est le vin, le froment, le sang de toutes
nos épopées. Reconnaissons dans notre
passé chacim des traits que nous venons
de marquer. Les chansons de geste, les
croisades, tout le jeune âge de la France
regorgent d'mnombrables faits accomplis
par nos chevaliers et par la sancta plebs
Dei qui devancent, annoncent les exploits
mis à l'ordre de nos armées en igi6.
Le vœu mortel des jeunes SainUCyriens . . .
mais c'est un épisode typique de nos chan-
sons de geste. Il n'est pas de thème
qu'elles développent avec plus de frai-
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 33
cheur et de génie que Fallégresse guerrière,
la pureté, la bonne volonté des jeunes
héros, les Aymerillot, les Roland, les Guy
de Bourgogne dans leur première adoles-
cence. Quand les Montmirail et les Croix
du drapeau font le serment de recevoir le
baptême du feu gantés de blanc et le
casoar au képi, c'est un chapitre qui revit
des « Enfances Vivien ». Le jour que le
jeune Vivien est armé chevalier, il jure
devant son lignage assemblé de ne jamais
reculer en bataille de la longueur de sa
lance; et c'est de ce serment qu'il mourra.
Gemens spero, c'est la pensée qu'in-
spire au territorial le souvenir de ses six
enfants; il se complsdt douloureusement
à les évoquer . . . Ainsi ce chevaKer dont
parle Jacques de Vitry qui, au moment
du départ pour la croisade, rassemble
autour de lui ses enfants. « Je les ai tous
fait venir, explique-t-il, afin que ma dou-
leur de partir soit plus vive et pour offrir
à Dieu un sacrifice plus grand. »
U esprit d^ égalité et de fraternité dans nos
tranchées . . . Joinville raconte que saint
34 ES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE
Louis travaillait aux tranchées et portait
lui-même la hotte.
Nuls n'est vilains s'3 ne fait vilenie.
C'est un vers des chansons de geste,
comme ce pourrait être un vers de Cor-
neille, comme c'est la pensée de chaque
Français et Française en 191 6. Durant la
bataille d'Antioche, l'évêque du Puy ha-
rangue les Croisés: « Nous tous qui som-
mes baptisés au nom du Christ, nous
sommes les fils de Dieu, et des frères les
uns pour les autres . . . Combattons donc
d'un même cœur en frères». Et le sire
de Bourlémont (Bourlémont, la seigneurie
au-dessus de Domrémy; le sire de Bourlé-
mont, celui dont le petit-fils allait con-
naître Jeanne d'Arc) dit à Joinville qui
partait pour la Croisade: t Vous en aies
outre mer, or vous, prenés garde au reve-
nir, car nuls chevaliers, ne povres ne
riches, ne puet revenir qu'il ne soit honnis,
s'il laisse en la main des Sarrazins le peuple
mena Nostre Seignor^ en laquel compai-
gnie il est alez. »
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 35
Driant qui se traîne sous la mitraille pour
porter Fabsolution a un lieutenant qui se
meurt . . . c'est Guillaume d'Orange ve-
ant au secours de son neveu Vivien à la
bataille des Aliscamps. Il arrive trop
tard, il combat longuement pour le rejoin-
dre, ne parvient pas à le retrouver, ni vif,
ni mort. Le soir approche. Il chevauche
par le champ, très las. Sur son front que
le cercle du heaume enserre, des gouttes
de sang tombent comme de la couronne
d'épines. Il cherche vainement Vivien.
Enfin, sur l'herbe, à ses pieds, il recon-
naît, hérissé de flèches, l'écu de l'enfant.
Plus avant, non loin d'une source, sous la
ramure d'un grand olivier, Vivien ^t ina-
nimé, ses blanches mains croisées sur sa
poitrine. Guillaume met pied à terre,
l'embrasse tout sanglant, le pleure comme
un mort: « Neveu Vivien, jeunesse belle,
c'est grand pitié de ta prouesse toute
neuve ...» Mais, peu à peu, entre ses
bras, l'enfant se ranime, ouvre les yeux:
il avait « retenu sa vie » sachant que
Guillaume viendrait. Guillaume d'O-
36 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
range, ayant loué Dieu, lui demande s'il
veut lui dire ses péchés en c vraie con-
fession». cJe suis ton onde, nul ici ne
t*est plus proche que moi, hormis Dieu;
en son lieu et place, je serai ton chapelain;
à ce baptême, je veux être ton parrain. »
Vivien se confesse; son grand péché, c'est
d'avoir fui, croit-il, contrairement à son
vœu, Guillaume l'absout, puis prend une
hostie dans son aumônière, le communie.
Vivien meurt. La nuit est tombée, Guil-
laume pourra échapper seul à travers les
lignes ennemies . . . Pourtant, à la minute
de laisser là le corps, un regret le prend;
l'abandonner ainsi seul, dans les ténèbres P
Les autres pères, quand leurs enfants
meurent, ne les veillent-ils pasP Alors il
attache son cheval à l'olivier et commence
la veillée. Sous la ramure noire, le corps
de Vivien rayonne et répand dans l'air le
parfum du baume et de la myrrhe. La
nuit est douce et sereine. Debout auprès
de son £Qs mort, le comte pleure, il ne peut
s'en rassasier, et laissant passer l'aube il
attend que le soleil soit haut levé et brille
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 3j
bien dair. Alors il renoua les lacs rompus
de son heaume, embrassa Vivien, le re*
garda une dernière fois; il se remit en
selle, s'achemina à petits pas vers la
route que tenaient les Sarrazins, puis
venu à la portée d'un arc, il cria son
cri d'armes, et, baissant sa lance de
frêne, il chargea.
Debout les morts / ... ce cri mystérieux
du bois d'Ailly, déjà nous l'avons entendu.
Au siège d'Ascalon, les Templiers voient
plusieurs de leurs frères pendus par les
Sarrazins sur la porte de la cité. Us sont
pris de découragement, ils veulent lever
le siège. Mais le maître du Temple leur
dit: « Voyez, les morts nous appellent,
car déjà ils ont pris la ville. »
On pourrait multipUer à l'infini ces
rapprochements, ces images de la plus
jeune France et de la France d'aujourd'hui
que l'on disait vieillie, et comme les pein-
tres verriers de nos cathédrales ont sou-
vent juxtaposé les figures de l'ancienne loi
en regard de la nouvelle, ici Jonas et la
38 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
baleine, là le Christ et le tombeau, ici
Moïse .et le buisson ardent, là la Vierge
et la crèche, je pourrais disposer ces notes
indéfiniment suivant le même procédé de
symétrie pour mettre en relief la ressem-
blance des petits-fils et des aïeux, et plus
profondément la concordance de toutes nos
guerres et de la grande guerre.
Le zouave de 1914 qui, du milieu d'un
groupe de prisonniers derrière lesquels les
Allemands s'abritent, crie aux Français:
cMais tirez doncl» et qui meurt sous
leurs balles, nous le connaissions déjà:
il y a neuf siècles, les Sarrazins firent
monter aux créneaux d'Antîoche un croisé
prisonnier pour qu'il demandât à ses
frères de renoncer à l'assaut. Mais il
leur cria d'attaquer. Les Sarrazins lui
tranchèrent la tête. Etienne de Bourbon
ajoute que la tête, lancée du haut des
murs par une baliste, et venue aux mains
des chrétiens, riait de joie.
Entre les deux, le chevalier d'Assas.
Le jeune soldat défiguré qui dit: « Si
mon père me voyait 1 Bah I II ne m'a
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE Sq
pas fait pour être beau; il m'a fait pour
être brave ...» met visiblement à tenir
ce propos la même fierté que Montluc à
dénombrer ses c sept arquebousades » dont
la plus belle, à son gré, était celle de Ra-
bastens qui lui avait troué la face.
Le capitaine de F . . . qui déclare: « Un
officier de mon grade, qui fait son devoir
dans la condition où je me trouve, ne doit
pas revenir vivant », témoigne d'un esprit
de sacrifice qui outrepasse le mot d'ordre
de Godefroy de Bouillon, au moment du
dernier assaut contre Jérusalem, à la Porte
de David: c Ne redoutez la mort, mais
alez la quérant. »
Le poète Charles Perrot a été tué de-
vant Arras le 28 octobre: un de ses cama-
rades, le voyant malade, venait de lui
dire: t Je vais te remplacer. Tu as tou-
jours fait ton devoir. Repose-toi, » Et
Charles Perrot avait répondu: « On n'a
jamais fini de faire son devoir. » Ce
poète s'accorde avec le chevalier Erard
de Sivry qui combattait à M ansourah au
côté de Joinville, et cinq chevaliers avec
4o LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
eux, dans une maison ruinée. Atroce-
ment blessé au visage, il hésitait à aller
chercher du renfort, de peur qu'on fit
un jour reproche à lui et à sa parenté.
€ Vous pouvez aller, lui répond Joinville,
car déjà vous êtes un homme mort»;
mais il ne se contente pas de l'avis de
Joinville, il croit devoir demander conseil
tour à tour à chacun des autres . . .
Au bois de la Grurie, une compagnie
du i5i^ régiment d'infanterie barre l'en-
trée du boyau. Trois hommes seulement
peuvent y tenir de front. Quand un
homme tombe, un autre prend sa place.
Le combat dura deux heures; trente hom-
mes tombèrent. Incident banal, presque
quotidien. Comment ne pas penser à cet
épisode des croisades que l'on appelait
« le Pas Saladin » et que l'on peignait de
toutes parts dans la salle des châteaux?
C'était votre roi Richard, Gautier de
Châtillon, Guillaume des Barres, neuf
autres chevaliers qui défendaient un défilé
devant Jaffa. Tout le moyen âge regarda
ces douze hommes comme des miroh^s de
LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE 4l
chevalerie et conserva pieusement leurs
blasons. Mais nous ne saurons jamais
les noms des grenadiers du bois de la
Grurie et de tant d'autres tranchées. Ils
sont trop.
III
Voilà plus de mille ans que ce fleuve de
prouesses coule à pleins bords. Nous
venons d*y puiser; nous n'avons pu sai-
sir dans le flot qui passe que ce que
contenaient nos deux mains rapprochées.
Qu'est-ce que tout cela ? Que prouvent ces
aventures héroïques et charmantes, cette
vie profonde, cette âme française débordée ?
Les Français se battent en état reli-
gieux. Les premiers, ils ont inventé l'idée
de guerre sainte. Le soldat de l'an II,
quand il croit apporter au monde la
liberté et l'égalité, se dévoue du même
élan et dans le même esprit que le croisé
de Jérusalem. Quand le croisé crie:
« Dieu le veut », quand le volontaire de
Valmy crie: « La République nous ap-
pelle », c'est le même cri d'armes. Il
s'agit de réaliser plus de justice et plus
de beauté sur la terre. A tous deux, une
voix du ciel ou leur conscience dit:
Se vous moureZy esterez sainz martirs.
LES TRAITS ÉTBRPŒLS DE LA FRANCE 43
Ce n'est pas chez nous qu'on entreprend
des guerres de proie. Des guerres pour la
gloire et Thonneur, soit, parfois ! Mais
pour soulever la nation unanime, il faut
qu'elle se connaisse le champion de Dieu,
le chevalier de la justice. Il nous faut
être persuadés que nous luttons contre les
Barbares, Islam jadis, aujourd'hui pan-
germanisme, ou contre les despotes, miU-
tarisme prussien et impérialisme allemand.
Les Français défendant la France ont
cru presque toujours résister et souffrir
pour que l'humanité fût plus belle. Ils
se battent pour leur terre pleine de tom-
beaux et pour le ciel où règne le Christ,
où flottent du moins leurs idées. Ils
meurent pour la France, autant que les
fins françaises peuvent être identifiées
aux fins de Dieu ou bien aux fins de
l'humanité. Et c'est ainsi qu'ils font la
guerre avec des sentiments de martyrs. '[
Voulez-vous entendre un grand texte,
voulez-vous savoir comment on décidait
nos aïeux, il y a neuf siècles, à partir pour
la croisade P Vous apprendrez en même
M LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
temps comment nos soldats, aujourd'hui
encore, ont besoin qu'on les harangue.
Écoutez, c'est le pape Urbain II (un
homme de France, né en Champagne)
qui prêche au Concile de Clermont en
Auvergne. Il dit : « Nation des Fran-
çais, nation élue de Dieu, comme le
montrent tes œuvres, et chère à Dieu,
et qui te distingues entre toutes les autres
par ton dévouement à la sainte foi et à
rÊglise, c'est vers toi que va notre parole
et notre exhortation • . . A qui peut revenir
la tâche de venger les outrages des Infi-
dèles, sinon à vous. Français, à qui Dieu
donna, plus qu'à tout autre peuple, la
noble gloire des armes, des cœurs grands,
des corps agiles, et la force de ployer qui
vous résiste? Puissent émouvoir vos
âmes et les exciter les actes de vos ancê-
tres, la prouesse et la grandeur du roi
Charlemagne, de son fils Louis et de vos
autres rois, lesquels ont détruit les royau-
mes des païens et reculé les frontières de
la sainte Église I ... chevaliers très
preux, issus de lignages invincibles, sou-
LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE 45
venez-vous de la valeur de vos pères I ... »
Voilà comment il fallait présenter les
choses à nos nobles «deux. Et c'est ainsi
que leur parlaient Jeanne d'Arc, qui se
nommait elle-même la « Fille Dieu •j'^et
Bonaparte, et avec lui les généraux ré-
publicains, et c'est encore l'esprit dont
s'enflamment nos soldats quand ils sur-
gissent des tranchées en chantant la
Marseillaise, sous la bénédiction de
leurs aumôniers.
Sans doute, la raison nous atteint et
nous persuade. Nous entendons ceux qui
nous disent que la France est un chef-
d'œuvre réel et tangible dont il faut
maintenir et perfectionner les formes;
qu'elle ne peut pas vivre sans Metz et
Strasbourg; qu'elle a besoin d'équihbrer
son Midi avec des populations du Nord
et de l'Est ; qu'elle sera désarmée, ouverte,
tant qu'il lui manquera ses frontières na-
turelles . . . Mais beaucoup demeureraient
froids. Et pour se sacrifier, les fils de
France veulent toujours n'être pas morts
uniquement pour la France.
46 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
Il est arrivé que la France brisât la
chaone de ses traditions et perdît jusqu'à
ses souvenirs, cependant elle demeurait
fidèle à son âme. Dans chaque généra-
tion elle fait revivre des Roland, des Gode-
froy de Bouillon, des Bayard, des Turenne,
des Marceau, ne sût-elle plus leurs noms,
et toujours elle s'enivre avec des senti-
ments dont elle ne change que les formules.
Parfois le poème sommeille: jamais il
ne fut plus fraternel, plus reUgieux qu'à
cette heure. Comme de nombreux traits
de l'Ancien Testament, obscurs et chétifs
par eux-mêmes, ne prennent leur plein
sens qu'à la liunière du Nouveau, de
même les antiques prouesses des cheva-
liers et de nos aïeux respectés semblent
n'être que la préfiguration des choses plus
riches et plus saintes d'aujourd'hui. On di-
rait que l'histoire de notre nation tendait
tout entière à ce que nous voyons depuis
deux années. Des millions de Fran-
çais sont entrés dans cet état d'héroïsme
et de martyre qui jadis, aux époques
les plus hautes de notre histoire, fut le
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE ^^
fait seulement d'une élite. Jeune ou vieux,
pauvre ou riche, et quel que soit son credo^
le soldat français de 1916 sait que la
France est une nation qui intervient
quand il y a trop d'injustice sur la terre,
et dans sa tranchée boueuse, le fusil à
la main, il sait qu'il continue les Gesta
Dei per Franœs.
Roland au soir de Roncevaux meurt
en murmurant: Terre de France, mult
estes dulz pays. C'est avec le même mot
et le même amour que meurent les soldats
d'aujourd'hui. « Au revoir, écrit Jean
Cherlomey à sa femme, promets-moi de
n'en pas vouloir à la France si elle m'a
voulu tout entier. » — t Au revoir, c'est
pour la France, i dit en mourant le capi-
taine Hersart de La Villemarqué. — « Vive
la France, je suis content, je meurs pour
elle !» dit le brigadier Voituret, du 2*
dragons. Et il expire en essayant de
chanter la Marseillaise. — Albert Malet,
dont les manuels ont enseigné l'histoire
à nos écoliers, s'est engagé pour la guerre;
une balle l'atteint à la poitrine. Il s'écrie :
48 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
c Mes amis, en avant ! Je suis heureux
de mourir pour la France. » Et il s'af-
faisse sur les fils barbelés devant la tran-
chée ennemie. — « Vive la France, je meurs,
mais je suis content I » crient tour à tour
Fun après l'autre des milliers de mourants,
et le soldat Raissac du 3i^ de ligne, blesse
à mort le 28 september 1914, trouve avant
d'expirer la force d'écrire au dos de la
photographie de sa mère: c Mourir est
un honneur pour le soldat français. »
Ils ne veulent pas qu'on les pleure.
Georges Morillot, normalien, sous-Ueu-
tenant au 27* d'infanterie, mort pour la
France dans la forêt d'Apremont, le 11
décembre 1914» laissait une lettre à ses
parents: t Si vous ouvrez cette lettre,
c'est que je ne serai plus et que je serai
mort de la plus belle mort. Ne me pleu-
rez pas trop: ma fin est enviable entre
toutes . . . Parlez de moi par moments
comme d'un de ceux qui ont donné leur
sang pour que la France vive, et qui sont
morts joyeusement . . . Depuis ma pre-
mière enfance, j'ai toujours rêvé de mourir
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE ^9
pour mon pays, face à rennemi • . . Lais-
sez-moi dormir où le hasard des batailles
m'aura mis, à côté de ceux qui, comme
moi, seront morts pour la France: j'y
dormirai bien . . . Mes chers parents, heu-
reux ceux qui sont morts pour la patrie !
Qu'importe la vie des individus, si la
France est sauvée I Mes bien-aimés, ne
pleurez pas . . . Vive la France 1 » — Louis
Bélanger, âgé de vingt ans, tué à l'ennemi
le 28 septembre 1916, avait écrit aux
siens: c J'espère que ma mort ne sera pas
pour vous un sujet de tristesse, mais une
sensation de fierté. Je désire que mon
deuil ne soit pas porté, car il ne faut pas
qu'au jour de gloire où la France sera
restaurée, le noir vienne tenir le soleil
dont toutes les âmes françaises seront
illuminées. » Pour lui obéir, les billets
faisant part de sa mort n'ont point été
encadrés de noir, mais bordés d'une bande
d'argent. — Hubert Prouvé-Drouot, Saint-
Cyrien de la promotion de la Grande Re-
vanche, mort au champ d'honneur, donne
pour dernière recommandation à sa mère,
5o LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE
en la quittant pour rejoindre son régi-
ment: « Quand les troupes rentreront
victorieuses par FArc de Triomphe, si je
ne suis plus là, mettez vos plus beaux
vêtements et soyez-y I »
Les mères entendent, et participent de
cet enthousiasmé sacré. Devant le lit
d'hôpital où gît le corps de son fils mort,
un père pleure; la mère, une paysanne,
lui prend la main: « Faut avoir du cou-
rage, mon homme. Tu vois bien que le
petit en avait. » — Un soldat de Bagnères-
de-Bigorre, jardinier à Lourdes, griève-
ment blessé, meurt à l'hôpital de l'Institut:
sa femme, appelée par dépêche, arrive trop
tard. Devant le corps glacé, elle dit
simplement: « Il est mort pour la patrie.
C'était sa mère, je ne suis que sa femme. »
— M""*" de Castelnau, la femme du chef
illustre, est à la table de communion; elle
prie pour ses trois fils qui se battent.
Mais voici que la main du prêtre qui lui
présente l'hostie tremble. Elle a compris
et dit simplement : « Lequel P »
C'est que les mères françaises soutenues
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 5l
par une force surnaturelle croient que
leurs fils en tombant pour la France trou-
vent, plutôt que la mort, leur épanouis-
sement. ' L'une d'elles, qui ne veut pas
que nous la nommions, emploie ce mot
dans une lettre éblouissante de sainte
beauté:
Paris, 20 octobre 1915.
« Commandant,
» Je ne saurais assez vous remercier de
la fidélité de votre douloureux souvenir.
L'anniversaire du sacrifice de mon brave
enfant est particulièrement cruel et doux:
cruel, parce qu'il me rappelle un jour
où je songeais à lui, sans me douter de
l'épreuve que sa vaillance allait me coû-
ter; doux, parce que je ne saurais évoquer
la brusque fin de cette pure et courte vie
sous un autre aspect que celui d'un su-
prême épanouissement.
» Merci, commandant, de tout ce que
vous me dites de mon cher petit soldat;
puisse sa mort glorieuse contribuer à la
victoire de notre France; alors je m'age-
52 LES TRAITS ÉTERN£!LS DE LA FRANCE
nouillerai, et une fois de plus je dirai:
merci !
» Mon cœur de mère reste brisé devant
la mort de cet enfant de vingt ans qui
était toute ma joie. Ah ! comme à la
fois on peut être fier et malheureux I
» Voulez-vous, commandant, être mon
interprète auprès de tous ceux qui gardent
le souvenir de celui qui est tombé pour
la patrie, et leur dire que ma pensée va
souvent vers cette terre de Lorraine si
chère aux âmes françaises.
» Recevez, commandant ...»
Un suprême épanouissement, dit-elle 1
Il semble, en effet, que nous n'ayons connu
que des chrysalides et que tout un peuple
déploie ses ailes. La France étemelle se
dégage. C'est pour elle que les fils de
France meurent d'une mort pieusement
acceptée par les mères.
Une femme du peuple est avertie de la
mort de son mari au champ d'honneur,
tandis qu'elle tient dans ses bras son en-
fant qu'elle allaite. Elle chancelle, se
LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 53
redresse et crie: t Vive la France 1 » en
soulevant son fils vers le ciel • . . Fils des
martyrs, fils de trente générations pa-
reilles, tu vivras demain dans la France
de la victoire.
NOTES
Maurice Babbès was bom in the East of
France, at Charmes, in 1862. The grandson
of a soldier in Napoleon*s armies, a child of
those parts of France where patriotism is,
more than a sentiment, an everyday neces-
sity, a member of that génération which pre-
served the dim memory of the invasion of
1870, he always paid spécial attention to
Franco-German problems. As a writer, after
a first period where he advocated milimited
individuaUsm of thought and sentiment, he
proposed a sort of ''living tradition" as the
best background and support for a man's
conscience, and tried in politics, in literature,
in religion, to define and emphasize for France
such a powerful ''traditionalism": civiliza-
tion and humanity, rehgion as a help for the
idealistic tendendes of the people, enthusiasm
for the cause of self-determinalion, and spe-
dally the maintenance of that collective per-
sonality in which consists a nationality. His
war task — after he had tried in vain to enlist
56 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
with bis son — bas been to follow and to guide,
in nearly daily articles, the development of
military and political events.
Following an invitation of the British gov-
emment, Barrés went to England in the
summer of 1916. He was received by the
Admirai in command of the High Fleet a
few weeks after the Jutland battle. On the
12th of July, he delivered before the British
Academy the address which, first brought to
print in the Proceedings of the British Academy ^
Vol. Yii, and in the Revue des Deux Mondes^
was such a success that it bas been quoted and
reproduced everywhere.
It is, in fact, one of the ablest démonstra-
tions of the vital unity of French tradition,
and a beautiful illustration of what is, in fact,
permanent in the soûl of that nation — so of ten
misunderstood — France. The same charac-
teristics, specially in connection with the ideal-
ism of fighting France, may be found in one
of the last of Barrès's books. Les diverses
Familles spirituelles de la France (American
translation 1918, under the title ''The Faith
of France," Boston, Houghton, Mifilin Co.).
The complète title of the lecture, as it was
delivered before the British Academy, was:
NOTES 57
'* Le Blason de la France, ou ses Traits
Uernels dans cette guerre et dans les vieilles
épopées.** Some slight altérations, which may
occur in the text of the présent édition, hâve
been made by the author himself.
Page 1. The text of Swinbume reads as
follows ("Poems and Ballads," "litany of
Nations"):
FRANCE
I am she that was thy sîgn and standard-bearer,
Thy voioe and cry; B
She that washed thee with her blood and lelt thee
fairer,
The same was I.
Were not thèse the hands that raised thee fatten and
fed thee,
Thèse hands deûled P
Was not thy tongue that spake, thine eye that led thee,
Not I thy child?
In Swinbume's poem, as a matter of fact,
it is Earth, the Mother, who is addressed in
thèse words by France, as she is successively
by each nation of Europe: Greece, Italy,
Spain, France, Russia, Switzerland, Germany,
and England. Swinbume has been, in
modem English literature, one of the most
devoted friends of French civilization, remind-
58 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
ing one, in bis way, of the sincère Francophiles
of former âges, Chesterfield or Walpole, Hume
or Gibbon.
P. 2. The Chanson de Roland (XIth cen-
tury) shows abeady something of the national
feeling, and there is no doubt that, in the
time of Jeanne d'Arc (XVth century), the
idea of a unit which was entirely différent
from territorial feudalism was already alive,
when very little of that patriotic feeling was
to be found in England or Italy, not to speak
of a country so much behind as Germany.
France bas led the way in this as much as
in some other respects, and it is certain that
the Révolution and Empire (1789-1815) had a
main current of nationalistic feeling (con-
trasted with Germanie feudalism, Spanish
church-rule) which brought some other coun-
tries to the same sort of concentration, the
Prussian State *' organizing *' it instantly, and
nations like Italy, Greece, etc., being made
more and more conscious of their collective
personalities.
Âbout this question of "nationalism" and
the varions forces interested in the national
tie, cf. specially, for this country, James
Harvey Robinson : ** What is National Spirit ? **
notes' 5g
in the CerUary Magazine^ November, 1916,
and a debate in the American Historical Asso-
ciation (1915), where E. B. Krehbiel and
W. T. Laprade took up, as it were, the two
conflicting aspects of the problem. Most
illuminating, for the French point of view, is
the lecture of E. Renan, Qu'est-ce qu'une
nation? (1882; in Discours et Conférences).
Superficial observers used to insist on the
supposed ''break" between the past and
the présent of France, not knowing that the
country at large had preserved the same
qualities of honor, humanity, and dévotion
to ideals, and that it was mainly due to the
excessive influence of Paris and to the vivac-
ity of political struggles, that the real values
of French life were not coming to récog-
nition. A striking instance of this case is the
book of W. C. Brownell, "French Traits"
(New York, 1889), where a cheap opposition is
emphasized between "cathedral-builders and
café-haunters." The best views expressed,
before the war, by an American observer, con-
ceming the lasting qualities of French civiliza-
tion, are to be found in Barrett Wendell's
"France ofTo-day."
P. 3. Ecussonnès, emblazoned; foyer cor-
6o LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE
responds exactly to the word " home," bo often
supposed untranslatable; passante is saîd, by
a curious use of the French participle, of a
Street with much foot-traffîc. Note the re-
peated use of the adjective /rivofe; as a matter
of fact, ''Mvolousness" was the most fré-
quent reproach made by casual observers of
France.
Âbout the idea of "crusade" — that is, of a
great disinterested cause to fight for, of some
outrage to redress somewhere in the world
— which is, in fact, more or less dormant
in a true French heart, — it is interesting
to note that in the works of Charles Péguy,
quoted (p. 16) by M. Barrés as one of the
first intellectual victims of the war, one finds
thèse words:
. . . Les Français, oomme ils sont, ce sont mes rneiU
leurs serviteurs {God is supposed to say).
Ils ont été, ils seront toujours mes meilleurs soldats
de la croisade.
Or il y aura toujours la croisade.
(Ch. Péguy. Les mystères de Jeanne (F Are:
III y Mystère des Saints IrmocentSj 1912, p. 112.)
''La croisade": it means that the causes of
the distressed will hâve to be helped, eter-
NOTES 6l
nally, and that France, having initiated the
real Crusades, is faithful to her rôle in taking
actively the side of the weak, the oppressed
on earth. This, and the close and firm inti-
macy of the French family are commonly
hidden from the àght of the foreigners in
Paris, merely interested in the amusing as-
pects of a gay city. H. Dérieux (Le Livre
(Theures de la guerre, Paris, 1918) sings in the
same mood:
. . . L'Aventurière
Retrouvait son passé en devenant guerrière
Et le sang des Croisés lui battait au poignet . . .
P. 4. When France was caUed to arms,
on the first of Âugust, 1914, the bells rang in
the remotest churches, ail over the country.
Barrés has often expressed his delight in the
poetry of the bells, and that magnificent ap-
peal of an attacked country to her valid
population must hâve had, specially for him,
something intensely touching. Cf. U Union sa-
crée, p. 307. As the disestablishment of Church
and State had left the rehgious life of the
country more or less out of touch with the
officiai world, it was like a resumption of
former habits.
6a LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE
Note a réminiscence of the old inscription
engraved on many bells (used by Schiller in
his "Song of the Bell"), Vivos voco, mortuos
plango, fulgura frango . , .
Le Départ or La Marseillaise, by Rude the
sculptor (1784-1855), is the most popular of
the groups adoming the pillars of the Ârc de
triomphe de TÊtoile in Paris (begmi mider
Napoléon the First in 1806, finished in 1836).
The real title of the group is le Départ des
Volontaires en 1792, but thèse singing war-
riors rushing to the défense of their country
are animated by the famous national hymn
of France, the Marseillaise (sung for the first
time in Strasbourg, in 1792). On the great
artist, cf. J. Calmette, La Sculpture historié
que et patriotique de Rude. Paris, 1909, or
Marches de FEst, année 1909, n° 3.
Ils, that is the Germans. ... An allusion,
common in France, to the policy of intimida-
tion practisedby Germany, specially after 1902.
P. 5. En grande pompe, with great pomp.
— The École militaire de Saint-Cyr, the West
Point of France, has trained since 1808 for
service in the infantry and cavalry the future
officers of the French army. The outbreak
of the war, as it coincided with the regular
NOTES 63
end of the school year for one of the classes
{pronuAUm) in that school, gave a spécial
pathos to the ceremony which marks the
graduation of some hundred young men.
Each class takes a certain name: promotion
de la Grande Guerre^ promotion de la Croix
da drapeau^ promotion de Monimirail, etc.
P. 6. Jean Allard-Méeus has been quoted,
too, by Barrés in the Atlantic MorUhly, Janu*
ary, 1918. He was killed early in the war.
Le major de la promotion is the student of
the military school who, having entered the
school with the highest mark, is considered
as the responsible leader of the whole class.
P. 7. U Alerte is the bugle signal calling
to arms a troop of resting soldiers.
Le casoar is, in military slang, the tuft of
white and red feathers (from the bird of that
name) which adoms — but not for actual
action — the shako of the young Saint-Cyriens.
It goes without saying that white gloves and
red and white feathers on a cap made a splen-
did target for enemy sharpshooters. As a mat-
ter of fact, the casualties among those young
officers were very heavy at the beginning of
the war, and M arshal Joffre, then commander
in chief of the French troops, instructed his
64 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
subordinates to stop such '*childish" ways.
Nevertheless, the gallant and daring spirit of
those youngsters had embued the men under
their oommand with a similar courage.
P. 8. Charleroi was, after the trespassing of
the Belgian neutrality by the mvadin^ German
armies, the first enoounter with the French
troops, whîch, greatly outaumbered, had to
retire to the line of the Marne (Âugust-
September, 1914).
P. 10. Ces messieurs (Tenfacey ironically the
Germans. The slightest light, in trench war-
fare, often meant ample shelling of a position
thus betrayed by a cigarette, a match, and
the Uke.
En sourdine, mezza voce, in a subdued tone
(as when a damper stops the vibration of an
instrument). Il est né, le divin enfard, is the
beginning of a popular French Christmas
song (comparatively récent) of a pastoral
character. Cf. J. Tiersot, Histoire de la chan-
son populaire en France. Paris, 1889, p. 253.
P. 11. Père Système is the slang name for
the "major" of a class, in the Saint-Cyr
military school. — Has the young Fayolle
really used the word Boche as early as on the
31st of July, 1914 ? It was decidedly some
NOTES 65
weeks af ter that date that it came to the
marked prédominance it has preserved ever
since. For its origin, cf. Lazare Sainéan,
UArgol deê Tnmchées. Paris, 1915.
P. 12. Gribouillage, scribbling, scrawl. Par
nache, valor, gallantry, with a certain élément
of ostentation. It was said already of the
Celts, who formed the greatest x>art of the
French population, that their spirit of daring
went to the extrême and was accompanied by
a certain temerity. Edmond Rostand, among
contemporary ¥rriters, has been a great singer
of ''panache" as "l'esprit de la bravoure." Cf.
Â. G. H. Spiers, ''Rostand as an Idealist" in
Columbia Quarterly Review, Âpril, 1918, p. 163.
On the question of the very young officers
in the French army — where it happens that
a youngster of twenty is the commaiader of a
Company of men of forty — cf. Capitaine
Z , UOfficier et le soldai français; Paris,
1917, chapitre Le jeune Chef: and Jean des
Vignes-Rouges, André Rieu, officier de France.
Paris, 1918.
P. 14. The tum of mind of the younger
French générations (specially after 1905) had
not escaped real observers, who are not in*
clined to believe in a sudden "miracle" chang-
66 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE
ing unexpectedly the gênerai spirit of the
oountry. Many '"enquêtes" had shown how
devoted to ihe préservation of their liberties,
how decided to fîght for ihe best traditions
of France, were thèse undergraduates or young
intellectuals of pre-war France. Cf. Emile
Henriot, A quoi rêvent les jeunes gens. Paris,
1910; r Enquête sur la jeunesse nouvelle in the
Revue hebdomadaire, Âpril-July, 1912; Aga-
thon, Les jeunes Gens d'aujourd'hui. Paris,
1914; G. Riou, Aux éœuies de la France qui
vient. Paris, 1916. High schools, in France,
are State institutions generally, and are called
lycées. Collèges are municipal or private, but
the State has a right of supervision over thèse
too. The lycée Janson de Sailly, in the
west of Paris, is one of the best high schools
of the French capital. The teacher quoted
hère is M. Samuel Rocheblave. ''Quarante
années" is an allusion to the defeat of France
by Germany in 1870-71. Dix-huit à gua-
rante-huit ans is the extent of the draft âge
in France at war. Tolstoï conversed with
Déroulède in 1886, and the exchange of opin-
ions between the Russian utopist and the
French hyperpatriot must hâve been very
interesting, those two kinds of idealism con-
NOTES 67
frontmg each other, extrême humanitarianism
and extrême nationalîsm. Cf. J. J. Tharaud,
La Vie et la Mort de Déroulède. Paris, 1914,
p. 52. Tolstoï in his youth had been an
officer in the Russian anny, serving in the
Caucasus and elsewhere, a fact to which is
partly due the beautiful book ''War and
Peace."
P. 15. "La beauté d'un sacrifice perpé-
tuellement médité": this connects decidedly
the State of mind of the elder soldier with the
beautiful attitude expressed years ago by
Alfred de Vigny in his book, Servitude et
grandeur milUaires. The more instinctive
courage of the young fighter may be illustrated
by numerous mentions in dispatches (cita-
tions à Tordre du jour) which concem the
young soldiers. Read, too, Barrès's essay in
the AtlarUic Monihly, July, 1917, "Young
Soldiers of France."
P. 16. François Laurentie, with his pa-
thetic device Gemens spero, is mentioned by
Barrés in La Croix de guerre (UAme française
et la guerre, III, p. 295). That father of six
children was killed the 12th of January, 1915,
near Arras. He was bom in Paris in 1874
and was a writer and educator of distinction.
68 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE
'*The war which muât end war": such is, in
fact, the ordinary way French soldiers look
at the great oonflict.
The 20th Ârmy Corps was stationed in the
East of France, with Nancy as headquarters,
and most of the soldiers who belonged to
its units, being natives from those provinces*
were specially ready to défend their own
strip of land. Faubourien^ inhabitant of a
faubourg, is not a suburban dweller, but, in
Paris, a man from the populous districts of
the French capital; specially on the right bank
of the Seine, the "faubourgs" (Montmartre,
La Chapelle, etc.) begin from the inner circle
of "boulevards." The retreat, in September,
1914, was just before the French vîctory of
the Marne. Victor Boudon has written Avec
Péguy de la Lorraine à la Marne (Paris, 1916),
where the Unes quoted by Barrés will be
found, p. 122.
P. 17. Projecteurs^ searchlights (against air-
craft in night time). Offrande, devout offering,
oonsented sacrifice. Binet-Valmer is a French
writer of Swiss origin who had practically to
volunteer in order to find a place in the ranks.
The battle of Verdun began on February
19th, 1916, and was stiU raging when Barrés
NOTES 6g
delivered his London address. The attacks
of the German troops had less and less inten-
sity throughout the summer, iintil, from the
begûming of the winter, the French troops
were able to recapture most of the ground
previously.lost, including the forts of Vaux
and Douaumont.
P. 18. Rudyard Kipling has devoted en-
thusiastic pages to the French nation, and
specially to the French soldier, in a pamphlet
published in French under the title La France
en guerre.
Sans-eubtUsme, crude republicanism (allud-
ing to the '"sans-culottes" under the Jacobin
govemment of the French révolution, who
suppressed every sign of authority); gogue-
nardise, scofifing ways. On the discipline in a
démocratie army, many books hâve been pub-
lished in France, from the delightful Pingot
et moi by Art Roë (Paris, 1893) to professional
essays. See Capitaine Z , UOfficier et le
soldat français (Paris, 1917).
P. 19. Exilés, sent into exile, because the
reKgious orders in France, dissatisfied by the
disestablishment of Church and State, had
to leave the country. Ail the members of
religions orders, however, who were of military
70 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
âge, rushed to France to take their places in
the ranks. Gustave Hervé is the editor of a
socialistic paper, La Victoire (before the war La
Guerre sociale), which has vigorously advocated
war to the finish, in order to make the world
safe for humanity . Mystique, the properly irra-
tional part of a religion. True intemational-
ism, in fact, must be utterly opposed to the
idea of world dominion as the German ambi-
tion aims at it. On thèse and similar ques-
tions, see Barrès's Diverses familles . . .
P. 20. Lieutenant-Colonel Driant, a mili-
tary writer who had foreseen some of the con-
ditions of the présent war, was kiUed before
Verdun on the 22nd of February, 1916. See,
about his death, Henry Dugard, La BataîUe
de Verdun, Paris, 1916, p. 286, and Barrés
himself in the AtlarUic Monthly, June, 1918.
The esprit de corps, a well-known state of
mind, may assume a sort of collective spirit-
uality which is very beautiful, and is remark-
able in certain units, the '"crack troops'*
being really animated by that collective
soûl. Roland Engerand, a young Roman
Catholic soldier of a magnificent dévotion,
has often been quoted by Barrés. In the
spring, 1915, in Artois, some severe fighting
NOTES 71
took place, where it seemed for a moment that
the German Unes had been broken.
P. 21. Uniformes d'azur, horizon blue uni-
forms, the oolor adopted by the French armies
shortlyafterthebeginningof thewar. Aspirant,
candidate for the rank of Second Lieutenant,
and acting provisionally as such. Division de
fer was the title ordinarily given, even before
the war, to the llth Division (20th Corps)
and Division dairain or dacier to the 39th
Division (the same).
P. 22. Manchons bleus, blue coverings, be-
cause it had been proved (before the adoption
of the horizon blue uniform) that the danger-
ous visibility of the red parts of the French
uniforms ought to be reduced by a less vivid
color like blue. Hirsutes, unshaven. ''Ne
vous en faites pas'' (Ne vous faites pas de
bile, pas de mauvais sang), "Don't worry";
''On les a eus'' (Nous avons eu le dessus sur
les ennemis), "We hâve got them."
P. 24. The épisode where that wonderful cry
was uttered: ''Debout les morts 1" has been
often described.
The Bois Brûlé, near Âpremont, is in close
touch with the jGbrst American sector North-
west of Toul. The Germans there tried in-
73 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
cessantly to enlarge their gains from the
beginning of the autumn of 1914. It was
one of the points of the front where trench
warfare consisted mainly in continuons fight-
ing at a near distance. Very often, it would
hâve been possible for either party to push
along: the mutual ignorance of the adverse
forces, the impossibility of a really substantial
success in thèse districts, restricted most of
the actions to very indiffèrent tactical affairs,
though very often quite costly in casualties.
P. 25. Pdre-éclatSy a device (made ont of
wires, metallic plate, etc.) for keeping stray
bits of shells and bombs, shrapnel and the
like, from the neighboring trench. Note the
elision of the verb in the sentence: "Puis,
un coup de volonté, et je me décide," render-
ing more directly the décision of the offîcer.
P. 26. Boyaux de repli, trenches back of
the first firing trench, in which a troop can
take shelter and continue action when the
first trench is under fîre; or, as hère, the
main attack progresses through such shelter
trenches, hand grenades being thrown from
there at the French. F , . . means the slang
Word ficher (or worse) which is supposed to be
just conversational, but not possible in print.
NOTES 73
^^ Debout les morts!'* In whatever form
this OTder may hâve been given by Lieutenant
Péricard, it is a beautiful symbolic saying,
as if the living, struggling génération was
backed and helped by the long séries of
the dead. The wounded who were lying in
the trench went to the rescue, and it was as
if, really dead, they had brought a reinforce-
ment post mortem to the living who had be-
lieved in them.
P. 27. Êraillé means properly fretted, wom
away by irregular friction; hoarse. '*La foi
qui soulève les morUagnes,'' expression borrowed
from the Bible: Matthew XYII, 20.
P. 28. The impression of magnified inten-
sity of life bas often been felt by the fighters,
being mostly followed by a corresponding
period of dépression. Lieutenant Péricard
acknowledges (p. 29) that he was not at ail a
hero, that he was subject to fear; which lends
more veracity to his taie of an extraordinary
moment, where he was lifted high above the
ordinary conditions of feeling and thinking.
The story of this adventure, however, bas
been told differently: cf. Les Vertus triom-
phardes, a book of war anecdotes and sayings
collected by Carlos Larronde. Paris, Larousse,
74 l'Es TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE
p. 31. Barrés had mentioned the sublime ex-
clamation of Debout les morts as early as July
15, 1915 (Pour les Mutilés, p. 75). It is the
subject of a prize poem to be "crowned" by
the French Academy, and has already been
treated in verse by some French writers.
P. 32. Having so far collected some beauti-
ful sayings and doings related to the fighting
France of to-day, Barrés now proceeds to
connect the attitude of the présent généra-
tion with the chevaleresque bravery and élé-
gant heroism which hâve been chronicled, in
former centuries, by legend, epics, and his-
tory. He was helped a great deal, when re-
vising the French Middle Ages, by M. Bédier,
a distinguished French scholar who has made
médiéval epics his spécial field of study.
Vin, froment, sang: wine, wheat, blood, as the
essentials of food and life according to ancient
wisdom and symbols. Regorger, to abound.
The chansons de geste are the heroic, mainly
anonymous poems of médiéval France, deal-
ing chiefly with Charlemagne (742-814) and
his knights, or with Celtic or ancient tradi-
tions. Sanda plebs Dei, God's holy multi-
tude, a name given to the Christian ''small
fry" which took part in the Crusades, merely
NOTES 75
because God's call seemed to oommand the
reacue of the Holy Land from the hands of
the Mohammedans {Deus vuU, Deu le volt).
Mis à V ordre de Varmièe, mentioned in army
diq[>atches. In connection with a mention à
V ordre du jour, a war-cross is the distinction
awarded to distinguiahed military courage in
the French armies. An aviator, for example,
receives a "pahn" on the ribbon of his war-
cross for every enemy airplane which has
been brought down by him.
P. 33. Aymerilhl is the hero of the epic
Aymeri deNarbonne, and has been recalled to at-
tention by Victor Hugo in a poem of his Légende
des Siècles. Roland is the weU-known paladin
of the Chanson de Roland, while Guy de Bour-
gogne, whose name has been given to another
epic, symbolizes the spirit of a new army of
young Frenchmen coming to reinforce Charle-
magne's hosts m Spam. Les Monimirail, les
Croix du drapeau, that is, the class of the
Military School having thèse collective names.
Young Vivien is the hero of a cycle of French
médiéval epics, where this eplendid youth,
his father Garin being a prisoner in the hands
of the Mohammedans, is brought up by his
uncle Guillaume, goes into captivity in order
76 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
to release his father, fights and dies in his
prime. It is in La Chevalerie Vivien (éd.
Terracher. Paris, 1909, vers 40) that he
makes the vow never to retreat "plain piet
de terre," and in Le» Aliscans (Halle, 1903,
vers 848) that he remembers, dying, his
former pledge:
Au jor que primes deué mes aimes porter,
A dieu vouai, ke l'oirent mi per,
Ke ne fuiroie por Turc ne por Escler
Lonc une lance . . .
Jacques de Vitry, a French chronicler of
the XlIIth century, has left, among other
records, an Histoire orientale which depicts
the conditions in the Holy Land under the
Christian princes. The quotation is from the
Exempla of Jacques de Vitry, éd. Crâne, p. 57.
Before Jaffa, in the summer of 1252, Saint
Louis, king of France, was seen working
in the trenches like the humblest private.
"Le roy meismes y vis-je mainte foiz porter la
hôte aux fossés." Joinville, Histoire de Saint
Louis, publiée par la Société de l'Histoire de
France. Paris, 1868, p. 185.
P. 34. ''Nuls n'est vilains s'il ne fait
vilenie": a saying for which may be found
NOTES 77
an exact oorrespondence, in fact, in Comeille's
Menteur, where Géronte, an old nobleman,
dénies to bis son, convicted of falsehood, the
tille of a "gentilhomme'*:
Qui se dit gentilhomme et ment comme tu fais.
Il ment quand il le dit, et ne le fut jamais.
(Acte V, se. III)
Barrés had already, in December, 1914, in-
sisted on *4a 'gentillesse' française" {Saints de
la France), that is, according to etymology,
the '* gentlemanliness " of the French soldier,
as contrasted with Grerman "frightfulaess" and
deceit. He had quoted, then, a characteristic
saying of the Roman de la Rose: ''Gentillesse
de lignage n'est pas gentillesse qui vaiUe" and
pointed out the links Connecting the simple
private of the French armies with the knights
of former days.
The bishop of Le Puy (in the central part of
France) was Adémar de Monteil, who died
at Antioch on the Ist of August, 1098. The
quotation is from Robert La Moine, His-
toria HierosolymUana, in Migne, Pairohgie,
Vol. cxv, p. 728.
Domremy is the native place of Jeanne
d'Arc, the symbolic figure of French dévotion
78 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
to oountry. The sire de Bourlémont was
a cousin of Joinville, the historiographer of
Saint Louis; so there is a sort of historîcal
and geographical connection between the hero-
ism of the last Crusades and the main mani-
festation of national résistance in the French
people. The passage mentioned hère is to be
found on p. 149 of the édition of Joinville
quoted above. It has often been given as a
fine example of leaders' loyalty to their men.
Cf. Les Marches de l'Est, Jan. 15.
P. 35. In the old poem Aliscans (Les an-
ciens Poètes de la France, p. 22 ss.) the beauti-
ful épisode quoted hère — with some length,
if one considers the composition of Les Traits
éternels — reads as follows:
Vivien vit gesîr sor un estanc,
Desos un arbre foillu et verdoient,
A la fontaine, dont li dois sont oorant . . .
Ses blances mains sor son pis &i croisant . . .
"Niés Vivien, mar fu, jovente bde.
Ta grant proece, ki tos tans ert novele . . . **
"Niés, dist Guillaumeâ, or te fai bien certain
De tes pécchiés vrai confés aparmain.
Je sui tes oncles, n'i as or plus prochain,
Fors damedieu, le verai soverain;
En lieu de dieu serai ton capelain,
A cest bautesme vuel estre ton parrain ..."
Guillaumes pleure, ne se puet saouler.
NOTES 79
Vivien fist en son giron dîner,
Molt doucement le prîst a aooler.
Sor sa poitrine mist son chief reposer,
Molt bêlement li prist a regreter.
Dont se commence Tenfes a confesser;
Tôt li gehi, n'i laissa ke conter
De che k'il pot savoir ne ramenbrer.
DistViviëns: "Molt suior trespensés:
Au jor que primes déuc mes armes porter,
A dieu vouai, ke l'oïrent mi per,
Ke ne fuiroîe por Turc ne por Escler
Lonc une lance, a tant le puis esmer.
Ne de bataille ne me verroit tomer,
Ke mort u vif m*i porroit on trover.
Mais une gent me fist hui retomer.
Ne sais com lonc, car ne le puis esmer;
Je criem, mon veu ne m*aient fait fauser.*'
"Niés, dist GuUlaumes, ne vous estuet douter.*'
A icest mot li fait le pain user,
En Fonor dieu et le col avaler . . .
On the pathetic bonds of kinship between
uncle and nephew, as expressed in such an
épisode, cf. Famsworth, "Uncle and Nephew
in the Chansons de Geste." New York, 1910.
Ramure is a poetical word for the network
of branches.
P. 37. The siège of Ascalon (in Syria) took
place in 1153. The quotation is from the
Exempla of Jacques de Vitry, éd. Crâne, p. 39.
Lacs, lacets, strings; frêne, ash.
8o LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
"Ancîent" and "new" law, that is the
law of Moses and the law of Christ, as
partly différent and partly identical, hâve
often been symbolized in médiéval architec-
ture and imagery. Cf. E. Maie, Uart reli-
gieux du XlIIe siècle en France (1* édition,
Paris, 1898). An idea of permanence — emî-
nently interesting for Maurice Barrés, who is
a great supporter of "traditional" traits m
any given community — was made, in that
way, discemible: Jonah's whale and Christ's
sepulcher, the bush on Sinai and the crib in
Bethlehem are only two aspects of the same
realization.
P. 38. Zouaves were originally recruited from
the Khabile tribe the zouaoua, whose name they
took; this was as early as September, 1830,
the year of the occupation of Âlgiers by the
French. They consist now of régiments en*
tirely recruited among the French popula-
tions, and are "crack" troops of the French
army.
TÎie siège of Ântioch, during the First
Crusade, was one of the most difficult moves
preparatory to the capture of Jérusalem
(1097-98). Many chroniclers hâve dwelt on
that épisode: cf. the Recueil des historiens des
NOTES 8l
Croisades. Paris, 1844 sqq. The détail quoted
hère is from a sermon of Etienne de Bourbon,
a Dominican father of the XlIIth oentury
(Ed. Leooy de La Marche, 1877, p. 91 : "in
signum adquisiti gaudii, inter manus eorum
ridebat").
Louis, chevalier d'Âssas (1733-60), was a
captain in tiie régiment d'Auvergne who, in
the night from the ISth to the 16th of October,
1760, is said to hâve entered alone a wood
where he was surrounded by enemies and sum-
moned to silence; he uttered the heroic cry
which made his sacrifice famous: ''A moi,
d'Auvergne, c'est l'ennemi !" The first writer
who related the story of his heroic death is
Voltaire in his Siècle de Louis XV ^ chap. xxxiii.
Cf. Loiseleur, La Légende du chevalier dCAssas
in the Retue des questions historiques, 1872.
A similar épisode happened in Algeria,
at Sidi Brahhn. Cf. G"^ Du Barrail, Mes
Souvenirs, t. I, p. 279.
P. 39. Biaise de Montluc (1501-77) was one
of the most determined fighters of the period of
the religions wars in France. In his Comment
iaires, he mentions his wounds in the follow-
ing words: **J'en ay rapporté sur moy sept
arquebousades pour m'en ressouvenir, et plu*
82 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE
deurs autres blessures, n'ayant membre en
tout mon corps où je n'aye esté blessé, si ce
n'est le bras droict." (Société de Thistoire
de France, Paris, 1867, t. III, p. 499.)
Godefroy de Bouillon (1058 ?-1100) was one
of the leaders of the First Crusade and the
king elect of Jérusalem in 1190. His story
bas been mainly related by Guillaume de
Tyr, who was an archbishop of Tyr in 1174.
Barrés bas mentioned elsewhere the poet
Charles Perrot, killed before Arras on the
23rd of October, 1914, in the ranks of the
237th régiment of infantry. He was the au-
thor of a volume of verse, La Phirde inté-
rieure. {La Croix de guerre, p. 296.)
The épisode alluded to, about Erard de
Sivry taking the advice of six knights before
going to ask for reinforcements, is told by
Joinville in his Histoire de Saint Louis (Société
de l'histoire de France, p. 79).
P. 40. The Bois de la Grurie is one of the
woods in the Argonne forests, where the iSght-
ing was speciàlly violent during the first years
of the war. Grurie or gruerie, in that geo-
graphical name, comes £rom a word of Ger-
manie origin designating certain feudal rights
in the forests. Boyau, a trench leading to real
NOTES 83
fibring trenches, and serving ordinarily only for
communication; so, if fighting takes place hère,
the men are as a rule much less under cover
than in "organized" trenches. In Pas Saladin,
pas has the meaning of passage, which is still
found in some geographical names like Pas
de Suze, etc. In the Third Crusade, Richard I
**Cœur de Uon" distinguished himself among
other knights, "mirror of knighthood." The
names of the heroes who, on the 5th of
Âugust, 1192, fought in a mountain pass
against an immense army are given in a little
poem, Le Pa^ Saladin.
P. 41. Ils sont trop ! is often used, in French,
as a hmnorous saying, meaning an impossible
but useless détermination of numbers. Hère,
as in the supposed original use of this exclama-
tion (when a soldier in Napoleon's army saw
at Waterloo the increasing number of the
enemy), it is simply pathetic.
The American reader will be interested, for
a more gênerai définition of the spirit which
prevailed in the times of the différent Cru-
sades, in the work of Henry Osbom Taylor,
" The Médiéval Mind." London, 1911, 2 vols.
See especially t. I, p. 535 (Godfrey as a type
of the '*perfect, single-hearted, crusading
84 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE
knight, fighting solely for the Faîth '')» P- 539
(the clear figure of Saint Louis), p. 546 (where
the same épisode of Erard de Sivry is quoted),
t. II, p. 41 (about médiéval symboUsm).
P. 42. The author cornes now to his conclu-
sion, which is that, when a great cause incenses
the French people to fight, there is a sort of
religions idea which inspires them. The French
soldier, in the Crusades, in the wars of the
Révolution, in the présent struggle, is not
fighting for material goods, but for the en-
forcement of a moral truth in which he be-
lieves, which he wants to convey to others in
order to better the world. "Dieu le veut"
was the motto of the crusader. "La Répu-
blique nous appelle" begins the refrain of the
''Chant du Départ the celebrated song, by
M. J. Chénier and Méhul, which, along with
the Marseillaise, inspired the soldiers of the
French Révolution. L'an II (from the 22nd
of September, 1792, when the French Repub-
lic was proclaimed) is the second of the " Ca-
lendrier républicain." Cri dormes, war cry.
The verse quoted is from the Chanson
de Roland, vers 1134, and is pronounced by
Ârchbishop Turpin, blessing the kneeling army
of Charlemagne.
NOTES 85
P. 43. Guerre de proie, a war aiming at
spoils; uruinimej without dissent.
Barrés has been specially interested in
what he calls La terre et les morts; and the
graves where the dead of former âges testify
the continuity of a tradition has been one of
the most pathetic motives of his works. He
supposes that the French soldier is always
inspired by the secret virtue of his dead prede-
cessors, and at the same time that the French
ideals are of such a gênerai and human char-
acter that they may bring benefit to the whole
world — which, in fact, has often been the
case in history. So it is that the purposes of
France may be identified with those of reUgion
or of humanity.
P. 44. lignages, lineage, pedigree. Note
the inversion: "Puissent émouvoir vos âmes
(complément) ... les actes (subject)."
P. 45. In the expression la Fille Dieu, note
the persisting form of a possessive case as in
Homme Dieu, Mère Dieu, etc.
Barrés mentions briefly, hère, what may
be called the "realistic" sides of France's
war aims — or rather such considérations
which may hâve played in, after the country
had accepted the German challenge and con-
86 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
sented to bear the brunt of fhe onslaught:
Ist, the maintenance of France as a perfect
unit, when the curtailing of the country would
be more than diminution, a dîsfigurement;
2nd, the vital necessity, for the safeguard of
the country, of Strasbourg and Metz which
Germany took after the war of 1870-71;
3rd, the equilibrium of a nation which, like
France, belongs to a southem and to a north-
em zone and must hâve a fair mixture of
both éléments; 4th, miUtary safety, claiming
for a country where the capital îs very near
the north-eastem frontiers a sufficient bar-
rier in that direction, making it impossible to
rush too quickly — as the Germans tried to
do in 1914 — towards the vital organs of the
country in war time. Ail thèse considéra-
tions hâve taken place in war pamphlets; note,
however, the absence of merely économie cir-
cumstances, so intensely dwelt upon by Ger-
man leaders. Coal fields or oil wells, as a
matter of fact, seem to the French spirit infi-
nitely less worthy of considération than the
détermination of the inhabitants of a certain
soil. And, as an animating and inspiring
motive, comes this dévotion to a superior
cause which is so vividly presented by our
J
NOTES 87
writer. À fiimilar présentation may be found,
before the war, in G. Hanotaux, Im, Fleur des
histoires françaises. Paris, 1911, and — spe-
cially interesting for American readers — in
the définition given of the French idéal by
G. Lanson at Chicago (cf. Compte-rendu du
troisième Congrès de langue et littérature fran-
çaise, p. 49).
P. 46. Bayard, ''le chevalier sans peur
et sans reproche," lived under the French
kings Charles VIII, Louis XII, François I
(XVIth century). His life has been written
by Jacques Joflfrey, "le loyal serviteur."
Turenne (1611-75) was a French gênerai
under Louis XIV, and so fine a type of manly
virtues, that his chief adversary, the Austrian
gênerai Montecuculi, exclaimed when hearing
of his death: "Â man is dead who honored
man." Marceau (1769-96) received, dying,
the homage of the Austrian staff.
The Word as well as the idea of pré-
figuration^ which is the crucial point of this
whole passage, belongs to theology, and is
represented in EngUsh by the same word
("The personages and events of the Old
Testament were for the most part regarded as
préfigurations of those of the New." East-
^^
88 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE
Iake, 1851; etc.). Barrés is eminently fond of
such an idea, and uses the same word in
Les diverses Familles spirituelles de la France^
p. 222, where ihe outUnes of a more eplendid
France appear to him through the features of
the young soldiers who sacrificed thernselves in
order to make it possible for their country to
liveon: "0 sainte préfiguration I" Le fait, the
attribute, characteristic feature.
P. 47. credo, creed, as the Apostles' or the
Nicene creed — from the first word in the
Latin version, credo; Gesia Dei per Francos,
''God's deeds through the French," has been
an ecclesiastical désignation of the spécial
part taken by France in the Crusades; used
first by Guibert, abbot of Nogent, it is the
title of a relation of them, by Jacques Bongars*
with the subtitle: . . . sive orientaliwn expedi-
tionum . . . historia (Hanoviae, 1611). It
seems to hâve its origin in Grégoire de Tours.
As to the epirit which Barrés saw, from the
first month of this war, animating the yoimg
générations of French people, and to the r&-
newed significance brought to the nation by
this fact, cf. bis early articles of August 22,
and of September 16, 1914 (U Union sacrée^
pp. 77 and 199).
NOTES 80
Dying sayings of French soldiers, devoted
to their country, and beautiful pages writ-
ten, just before action, to their families by
young officers, hâve been, so to say, a spé-
cial field of study for Barrés; his sensé of
the tragic as well as his own patriotism found
hère a congenial atmosphère; cf. his articles
in the Atlantic Monthly, July, 1917, and Janu-
ary, 1918.
P. 50. The îdea of the Arc de Triomphe
as a fitting frame for the final parade of the
French armies, after victory, has been a
favorite one with fighters and artists. Cf.
Les Saints de la France, p. 139, where Barrés
mentions that terminal parade, and a poster
by Sem, showing the poilus parading under
the Ârch, led by the armies of the French
Révolution.
General de Castehiau was at the head of
the second French army in the summer of
1914, and stopped the German advance before
Nancy. He has lost three sons on the field
of battle. Hostie, consecrated wafer (for com*
munion).
P. SI. Épanouissement, blowing of flowers.
Many beautiful letters from bereaved mothers
hâve been published in Les Vertus triomphardes;
•V'^.
go LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE
two are to be found in Barrès's Voyages de
Lorraine et (T Artois, pp. 226 and 247. But
the secret sorrow of thousands of others will
remain more pathetic, perhaps, because unex-
pressed and unpublished. . • •
fini
oex-
This book should be retumed to
the Library on or before the last date
stamped below.
A fine of five cents a day is incurred
by retaining it beyond the specified
time.
Pléase retum promptly.